Un Secret Impérial – Chapitre 4

Résumé du chapitre 2 :

Chez les sœurs Fuentes, Mark prend une décision radicale : mener lui-même l’enquête pour retrouver sa collègue disparue, le vaisseau de son entreprise et l’échantillon illégal qu’a acquis le CEREXX. Il profite du sommeil de son hôtesse, assommée par des somnifères, pour fouiller la chambre d’Agatha. Après d’intenses recherches, il déniche une petite carte mémoire sur laquelle se trouve un message vidéo. La collègue de Mark a laissé un appel de détresse des plus inquiétants…

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Un Secret Impérial

Chapitre 4

Un aveu. Une confession. Une alerte. Il ne sut définir ce qu’il venait de visionner. Les mots d’Agatha résonnèrent dans sa tête. Sans même se servir de son appareil, il se repassa intérieurement le message. Comment traiter ces nouvelles informations ?

Il n’y avait plus un bruit dans l’appartement. L’eau avait cessé de couler, et l’on pouvait entendre une voix de femme fredonner depuis l’autre bout du couloir. Mais Mark ne l’entendait pas. Seuls ses propres battements de coeurs se firent plus bruyant à ses oreilles. Il lui fallut quelques secondes, de longues secondes, pour reprendre ses esprits.

Un bruit sourd et persistant le ramena à la réalité. C’était Jade, qui se faisait sécher les cheveux. Sorti de ses pensées, Mark se leva précipitamment, remis la fausse plante en place, et se rua hors de la chambre. Il marcha discrètement dans le couloir, pour ne pas éveiller les soupçons, puis pénétra dans la pièce d’à côté. La chambre de Jade.

La couette du lit était presque entièrement par terre, des vêtements jonchaient le sol et s’empilaient sur la chaise du bureau. À côté de la tête de lit, une petite commode en métal brossé servant de table de nuit. L’objet que convoitait le xénobiologiste reposait dessus, attendant d’être porté. Du fait qu’elle travaillait pour une compagnie interstellaire de livraison et de messagerie, Jade possédait un mobiGlas professionnel. Mais c’était le bracelet personnel qui intéressait Mark, celui sur lequel elle avait enregistré le contact de l’Agent de l’Advocacy.

“Daniel Tooms…” Mark lu le nom à voix haute, comme si cela l’aiderait à mettre un visage dessus. Il envoya le contact en copie sur son propre mobiGlas, puis reposa le bracelet de Jade sur la table. Il était déterminé, et en même temps effrayé par ce qu’il faisait. Quel genre d’ami suis-je devenu ?

Il partit rassembler ses affaires, avant que Jade ne sorte de la salle de bain. Le sèche-cheveux tournait encore, mais ce n’était qu’une question de secondes avant qu’il ne s’arrête. Il n’avait pas le courage de mentir à Jade quant aux raisons de son départ précipité, et il ne voulait pas non plus lui faire faux bond. Mais le temps pressait : si Agatha était réellement en danger – et si elle était toujours vivante – il fallait la retrouver au plus vite.

Immédiatement après être monté à bord du taxi volant, Mark enregistra un message vidéo à destination de son amie. “Eh, Jade, je… hum…” balbutia-t-il, avant de se reprendre. “Désolé de ne pas rester, je n’ai pas envie de te déranger plus longtemps. J’ai une course à faire, je te rappelle ce soir si tu veux. Bonne journée.”

Au moment d’envoyer le message, son doigt s’arrêta au-dessus du bouton. Il hésita. Aucune excuse ne serait suffisamment crédible pour justifier son départ précipité. Et la vérité l’aurait tout bonnement fait passer pour un enfoiré. Il cliqua finalement sur le bouton “Envoyer”, et soupira. Pour être sûr de ne pas être écouté par le micro du taxi, il se servit d’un accessoire intégré à son mobiGlas. Une fois l’oreillette en place, il relança la vidéo qu’il avait trouvée sur une puce, elle-même dissimulée dans une fausse plante alien.

“Je m’appelle Agatha Fuentes, je suis une civile de l’UEE et on cherche à m’assassiner. J’ai récemment obtenu des informations sensibles concernant l’Empire Xi’An, qui a envoyé des tueurs à ma recherche. Ma soeur n’est en rien mêlée à ça, et je pense que les assassins xi’an n’en ont qu’après moi. C’est pour cette raison que j’ai décidé de me cacher.” La scientifique marqua une pause, submergée par l’émotion. “La situation est assez urgente, je n’ai d’autre choix que de disparaître.”

Mark se repassa ce message, encore et encore. À mi-chemin entre le domicile de sa collègue disparue et chez lui, il ne semblait toujours pas pouvoir répondre aux trop nombreuses questions qu’il se posait. Passer ce message en boucle ne l’aida pas à apaiser son esprit. Désormais, une autre question brûlait les lèvres du xénobiologiste qui s’improvisa enquêteur : au lieu de contacter les autorités, pourquoi avoir laissé un message de détresse ? Pourquoi l’avoir caché, qui plus est ?

Il se pourrait que la panique eut déraisonnée la xénobiologiste disparue au point de la pousser à laisser des miettes de pain derrière elle. Ou peut-être avait-elle fait ça pour ne pas inquiéter la Direction du CEREXX, qui se ferait déjà du souci quant à sa culpabilité avérée dans l’achat de matériaux illégaux. La pire des choses, se dit Mark, était justement de quitter le rayon d’action de l’Advocacy. Et en franchissant le point de saut du système Taranis, Agatha Fuentes et le CB04 avait fait un premier pas hors de ce rayon.

Mais le plus grave n’était mentionné qu’en toute fin du message : un tueur à gage, d’origine Xi’An qui plus est. Pourquoi s’en prendre à une chercheuse plutôt qu’à ses supérieurs qui prennent les décisions ? Et pourquoi diable un assassin alien chercherait à s’en prendre à une civile humaine ? Il ne fit aucun doute aux yeux de Mark que ceci avait un rapport avec l’étude que menait Agatha, sous la direction de son chef de département : Hiroshi Iwata. C’est avec lui qu’il fallait s’entretenir, plutôt qu’avec Kern, et au plus vite.

Presque arrivé chez lui, Mark modifia la trajectoire du taxi automatisé pour finalement se rendre au Centre de Recherche de Xénobiologie et Xénoécologie. L’appréhension le paralysa devant les immenses portes vitrées de l’immeuble. L’endroit était moins bondé qu’habituellement, congés exceptionnels obligent. Le jeune chercheur finit par rentrer, poussé par sa quête de vérité.

Avant de se poser, le taxi volant avait survolé le parking où se garaient certains employés du CEREXX. Mark avait repéré le vaisseau personnel de son chef de département : un petit bolide taillé pour la course, aux lignes pourpre sur fond d’ébène. Iwata était là, à travailler sur on-ne-sait-quoi.

La carte d’accès de Mark ne quittait jamais sa sacoche, et ce jour-là ne fit pas exception. Hoffmann croisa quelques collègues, indifférents quant à sa présence au labo. Phil était là lui aussi. “Tiens, je croyais que t’étais de repos, avec tous les autres, lança le quinquagénaire.

– C’était l’idée, lui avoua à demi-gêné Mark. J’avais un truc à faire.

– Tu m’en diras tant, lui répondit son collègue, sans réellement prêter attention à lui. Dis, t’aurais pas vu un mobiGlas beige ?”

Mark ne put l’aider, puisqu’il n’avait rien vu de tel en arrivant. Interrogé, Phil indiqua à Mark qu’Iwata était en visioconférence dans son bureau. Mais aussi que lui n’avait pas pris de jour de congés, “pour ne pas faire l’hypocrite”. Tu parles trop Phil, comme toujours.

En attendant la fin de cette réunion, Mark partit fouiller le bureau de sa collègue disparue. Personne n’y était rentré, ou presque, depuis le jour de sa disparition. Encore une fois, les enquêteurs avaient saisi documents, ordinateur et périphériques de stockage. Malheureusement pour l’enquêteur en herbe, les seules affaires qui restaient ne lui furent d’aucune aide. Il perdit moins de temps qu’au domicile de sa collègue, puisque la corbeille de bureau était vide et que les livres étaient tous cornés, annotés et remplis de marque-pages.

“Hoffmann ?” l’interrompit une voix de femme dans son dos. C’était Gudrun Kern, la Directrice du CEREXX. Elle s’apprêtait à partir sur le terrain, et transportait une caisse de piluliers et autres tubes. Mark avait été pris en flagrant délit, il se déconfit presque immédiatement. “Que faites-vous là ? insista Kern.

– C’est… la soeur d’Agatha qui m’envoie, tenta Mark.

– Pardon ?

– Jade Fuentes, c’est Jade Fuentes qui m’envoie. Je l’ai vue hier et…

– Faites court, Hoffmann, l’interrompit sèchement la Directrice.

– Jade veut s’assurer que sa soeur ne cachait rien d’illégal ici. Aucune… substance illicite. Pour l’aider à gérer le stress de son travail, vous voyez de quoi je parle ?”

La Directrice resta de marbre, comme à son habitude. Les quelques secondes qui s’écoulèrent entre le mensonge éhonté de Mark et la réaction de Kern parurent interminables. “S’il s’avérait que l’une de nos employées consommait ce genre de produits, sa seule responsabilité serait engagée.” Elle avait mordu à l’hameçon.

“Naturellement, poursuivit Mark. Et on ne voudrait pas qu’un policier ou qu’un Agent de l’Advocacy ne tombe dessus.

– Que voulez-vous dire ?”

Merde. Mark était parvenu à jongler avec des grenades, et venait machinalement d’en dégoupillé une. Il opérait dans le plus grand secret, pour n’inquiéter ni Jade, ni ses employeurs. S’il avait vu juste, son entreprise comme sa collègue étaient en péril.

Mark se lança à corps perdu. “Eh bien, je suis passé hier au domicile d’Agatha, après un appel de sa soeur. Elle a évoqué la présence d’un Agent de l’Advocacy. Je sais que ce ne sont pas mes affaires, et que l’étude est confidentielle. J’ai bien compris que…” Il baissa d’un ton pour être sûr que personne ne surprenne la conversation. “J’ai bien compris que le labo avait acquis un ou plusieurs échantillons illégaux, et que Mlle Fuentes travaillait dessus. Ne vous en faites pas, je vais les retrouver. Et Agatha avec.”

Le regard de la Directrice changea complètement. Elle était déstabilisée. “Comment avez-vous su…?” Mark lui rappela la fameuse confidentialité de l’étude, une première au sein du CEREXX. Le sourire en coin de Kern était un aveu.

“Je vous remercie, Hoffmann. Toute cette histoire est pesante. J’espère que tout finira par s’arranger.” Voilà des mots que Mark n’aurait jamais imaginé entendre sortir de la bouche de sa Directrice. Des remerciements, des sentiments et un espoir. “Je vais vous laisser, Hoffmann, j’ai à faire. Et si vous trouvez quelque chose… Jetez-le. Ou sniffez-le, je m’en moque. Mais chez vous. Votre seule responsabilité…

– Sera engagé, termina Mark. Ne vous inquiétez pas.”

La Directrice tourna les talons et quitta le bureau. Peut-être que…

“Madame Kern, attendez !” l’interpella Mark. Le jeune xénobiologiste n’aurait jamais espéré une telle conversation avec sa Directrice, d’ordinaire froide et fermée. Le fait d’avoir mentionné la présence de l’Agent Tooms sur cette affaire était peut-être finalement un plus. Le plus qui permettrait à la Directrice de vider son sac, d’enfin mettre Mark au parfum.

“Sur quoi travaillait Agatha ? Quel genre d’étude peut nécessiter un accord de confidentialité au sein même de notre département, d’habitude transparent ?”. La Directrice ne s’arrêta même pas. Mark était penaud, devant la porte du bureau de la chercheuse disparue. Il lui restait cependant une dernière carte.

Deux heures s’étaient écoulées, et Mark avait fait le tour des affaires de la chercheuse disparue. L’heure du déjeuner avait tout juste sonné et avec elle la fin de la réunion d’Hiroshi Iwata. À peine sorti de son bureau, tasse en main, ce dernier tomba sur Mark Hoffmann. Le jeune xénobiologiste salua son supérieur, puis aborda l’épineux sujet.

“J’ai croisé Madame Kern tout à l’heure, et elle…

– Oui, elle m’a envoyé un message, lui répondit calmement Iwata. Que veux-tu, Mark ?

– Eh bien… Je sais que ce sur quoi travaillait Agatha était illégal.”

Les mots résonnèrent lourdement dans le couloir blanc du Centre de Recherche. Il y était presque. Iwata l’invita dans son bureau, et ferma consciencieusement son bureau derrière lui.

“De quoi s’agissait-il ? l’interrogea Mark.

– Si cela venait à se savoir, tu encourrais de sérieuses…

– Virez-moi si je parle, je m’en moque”, s’empressa-t-il de répondre.

Le chef du département de Xénobiologie tendit au jeune chercheur une note qu’il venait de gribouiller, sur laquelle il était écrit que Mark s’engageait à être poursuivi pénalement en cas de divulgation de tout élément compromettant la confidentialité de l’étude à des partis tiers. Sûr de lui, Hoffmann la signa.

“Maintenant, reprit Mark, dites-moi : sur quoi travaillait Agatha Fuentes ?” Hiroshi Iwata lut la détermination dans le regard du jeune chercheur. Après avoir jaugé la signature de Mark, il posa une main sur son épaule. “Agatha étudiait des tissus extra-terrestres, déclara Iwata à voix plus basse. Du sang, de la peau, des écailles… Ces échantillons ont été prélevés sur des spécimens vivants.

– De quelle espèce s’agit-il ? demanda Mark, impatient.

– Je ne suis pas sûr de la prononciation, mais je pense que tu as déjà entendu parler des Kr’Thak.”

À suivre…

Auteur : Hotaru / Relecteurs : DCVolo & Teliopp / D’après une idée de : Duboismarneus & Hotaru

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