Un Secret Impérial – Chapitre 6

Résumé du chapitre 5 :

Mark a désormais tout un secteur à prospecter à la recherche d’Agatha Fuentes : les gigantesques chaînes d’astéroïdes du système Taranis. À bord d’un vaisseau spécialement dédiée à l’analyse géologiques de planètes, il va devoir tout donner pour mener à bien sa mission. Mais de nombreux obstacles barrent encore sa route…

  • Bonne lecture !

Un Secret Impérial

Chapitre 6

Les parois miroitantes de mille couleurs du trou de vers disparurent derrière le navire spatial. D’intenses vibrations parcoururent la carlingue jusqu’à terminer leurs courses dans la cage thoracique du frêle pilote. Pris d’un court vertige, ce dernier se ressaisit après le retentissement des alarmes.

De tous les vaisseaux du CEREXX, le Constellation qu’avait emprunté Mark était le seul à avoir été équipé pour la découverte de planètes et l’étude de leur géologie. Répondant au doux nom de D01, il n’avait malheureusement rempli jusque là que la deuxième mission. Mais il possédait le matériel adéquat pour analyser d’importantes masses rocheuses aux quatre coins des systèmes de l’UEE.

Les négociations s’étaient avérées d’autant plus musclées qu’un autre chercheur avait réservé le vaisseau. Cela avait coûté la promesse de deux bouteilles d’Esquire à Mark, qui regrettait désormais de ne pas avoir plutôt sollicité l’aide de son collègue. Seul sur l’imposant pont du navire, le xénobiologiste avait beaucoup de mal à occuper tous les postes.

Mark lança le D01 sur la trajectoire optimale permettant de balayer la première ceinture d’astéroïdes. Il avait profité du trajet jusqu’au trou de vers pour lancer les calculs sur les ordinateurs de bord. Dans le meilleur des cas, effectuer des sauts quantiques jusqu’aux points où Mark devrait lancer des scans prendrait plusieurs jours. Et il resterait encore un second anneau d’astéroïdes, plus large encore que le précédent.

Malheureusement, cette fois-ci, pas de solution miracle. Sans les données de navigation du XB04 que pilotait Agatha, impossible de savoir exactement dans quelle direction était partie la chercheuse disparue.

Arrivé au premier point de recherche, Mark immobilisa le vaisseau et partit s’installer au poste radar. Peu habitué à ces appareils, les cours de géologie revinrent assez rapidement à l’esprit du spécialiste en biologie extraterrestre. Un paramètre après l’autre, Mark calibra les senseurs sur des fréquences correspondants à des alliages d’origine artificiels, pouvant révéler la présence d’installations humaines.

Ce qu’il cherchait, c’était un hangar désaffecté où une ancienne base minière abandonnée dans laquelle Agatha aurait pu se réfugier. Mais au vu de la largeur de la ceinture d’astéroïdes, détecter une telle anomalie tiendrait presque du miracle. À moins d’avoir sous la main un senseur puissant conçu pour analyser la constitution interne de planètes situées à des centaines de milliers de kilomètres. Et de savoir s’en servir.

Pendant de longues heures, Mark jongla tant bien que mal entre les différentes fonctions du D01. Il avait pris soin d’afficher les données relatives au senseur géologique sur l’un des écrans du poste de pilotage. Mais manier un tel vaisseau seul n’était pas évident, et il lui fallait régulièrement changer de poste pour jouir pleinement des fonctionnalités scientifiques du vaisseau.

Un bruit métallique sourd extirpa le xénobiologiste de ses recherches. Le pont du vaisseau fut aussitôt irradié du rouge de l’éclairage d’urgence. Mark se précipita au poste de pilotage pour avoir un bilan des dégâts du vaisseau, localisés sur le flanc droit. Un débris spatial ?  Les dégâts furent suffisamment conséquents pour nuire aux systèmes du vaisseaux et déclencher le mode d’urgence.

Pourtant, le jeune xénobiologiste conclut rapidement à une autre hypothèse : la ceinture d’astéroïde ne tournoyait pas derrière les immenses verrières du cockpit, et il ne sentit aucune accélération de la pesanteur. Aucun débris, aussi grand soit-il, n’avait percuté le vaisseau scientifique. Mark Hoffmann subissait malgré lui un abordage pirate.

Avant de se retrouver en situation de détresse critique, Mark eut le bon réflexe de ré-enfiler son casque et activer l’adhésion surfacique de ses bottes. Les tenues d’exploration du CEREXX avaient toutes ce système, en cas de panne d’un véhicule de l’entreprise. Ses mouvements seraient moins aisés, mais il pourrait se rendre plus facilement jusqu’à la zone de la soute d’où provenait, jugea-t-il, l’intense choc qui parut tordre la coque du CEREXX D01.

Se félicitant d’avoir adopté les bons gestes, il assista impuissant aux désactivations successives des derniers systèmes encore en état de marche : la gravité artificielle fut désactivée en premier, avant d’être rapidement suivie par l’oxygénation du cockpit – et probablement de tout le reste du vaisseau spatial. Enfin, l’angoissant éclairage rouge qui avait envahi quelques instants plus tôt le vaisseau se coupa. Bon sang, la centrale énergétique !

Avec difficulté, Mark ouvrit manuellement les imposantes portes qui le séparaient de la coquerie où se trouvait les casiers qu’il convoitait. Lui qui les trouvait jusque là aussi élégantes qu’astucieuses dans leur conception, regretta bien amèrement qu’elles ne furent pas faites d’un matériau moins dense. Tant bien que mal, il courut devant les casiers, où il s’équipa du seul outil s’apparentant peu ou prou à une arme : un pistolet soudeur à arc de la fameuse marque MultiTool.

Il restait encore suffisamment d’air pour entendre des bruits derrière les portes qui menaient à la soute. Mark hésita quelques secondes, incertain de la manière dont il pourrait venir à bout d’un ou plusieurs assaillants avec son pistolet soudeur. Il finit par se décider, et écarta très légèrement les deux portes coulissantes. Depuis la coquerie, il pouvait apercevoir à travers la maigre ouverture des portes d’immenses gerbes d’étincelles. Les pirates ouvraient une brèche à travers la coque, alors Mark referma les portes qu’ils venaient d’ouvrir pour ne pas voir l’air qui lui restait s’échapper.

Réfléchis. Réfléchis, putain. Réfléchis ! Le temps lui était compté avant que les parois de la soute ne cèdent. Un ou plusieurs bandits armés devaient se tenir sous le vaisseau, prêts à l’accueillir.  Un autre était probablement posté près de l’autre entrée de soute. Une seule solution : se frayer un chemin ailleurs.

Adossé aux portes de la soute, Mark appuya sur la gâchette de son pistolet soudeur. Une lumière bleu apaisante éclaira la pièce jusqu’ici plongée dans la pénombre. L’ambiance détonna complètement avec les notes de rouge qui avaient annoncé l’attaque pirate en cours. L’arc énergétique qui sortit du pistolet multi-tâches ne suffirait jamais à percer directement à travers la coque du navire. Cependant, une partie de l’armature du vaisseau était suffisamment fine – bien que résistante – pour être taillée en pièce avec toute la délicatesse qu’une telle situation exigerait.

À pas lourds, Mark se rendit à l’avant du vaisseau. Les pieds fermement ancrés au plafond, il s’accroupit devant le plus petit panneau des verrières, positionna le pistolet soudeur et prit une profonde inspiration. S’il était une manoeuvre à tenter, ce ne pouvait être que celle-ci. “Allez. C’est parti !” Mark appuya sur la gâchette,  et l’arc de plasma s’attaqua à l’armature entourant un panneau vitré du Constellation. De l’épaisseur du verre, le cadre métallique se montra bien moins récalcitrant que les portes de la soute auxquelles s’attaquaient les pirates.

La découpe laser lui parut durer une éternité. Mark redouta l’arrivée précoce d’un commando pirate sur le pont du navire scientifique. Ou pire : l’apparition d’un pirate en sortie extra-véhiculaire, de l’autre côté des vitres, qui aurait aperçu le chercheur en pleine évasion.

L’air du cockpit se vidait peu à peu à travers les fentes tracées au pistolet multi-tâches. La flamme faiblit mais teint jusqu’au bout. L’air s’évacua, emportant avec lui le panneau vitré dans le vide sidéral. Le matériel étant entreposé dans la coquerie et la soute, la sacoche de Mark fut le seul objet à accompagner le morceau dessoudé de la verrière dans son voyage. “Oh”, fut tout ce qui sortit de la bouche du xénobiologiste. Grâce à l’adhésion surfacique de ses bottes, il n’avait pas subit le même sort que sa sacoche, bien qu’il lutta pour ne pas se blesser.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce fut la première fois que Mark se retrouva à flotter en apesanteur. Ses activités professionnelles ne l’avaient jamais conduit à effectuer de sortie extra-véhiculaire dans l’espace, et aucun vaisseau du CEREXX n’avait souffert de panne de sa gravité artificielle. D’ailleurs, la combinaison de classe 1 qu’il avait revêtue n’était même pas pourvue de propulseurs dorsaux, et n’était donc pas prévue pour les sorties du genre. C’est doucement qu’il se hissa en haut du Constellation en s’agripant à toutes les aspérités qui constituaient la carrosserie extérieure du navire.

Aucun pirate en vue. Si l’intuition de Mark était la bonne, ceux-ci l’attendaient sous l’imposant vaisseau d’exploration. En redressant la tête, Mark jeta un oeil derrière la tourelle armée. Il aperçut la queue d’un appareil, immobile aux côtés du vaisseau assailli.

“Tu peux le faire. Tu vas y arriver. Tu peux le faire”. Le chercheur du CEREXX se parlait en même temps qu’il glissa ses jambes de façon à pouvoir se mettre debout. Il réactiva l’adhésion surfacique de ses bottes et lâcha le panneau métallique auquel il se tenait. Les jambes tremblantes, de peur ou de froid, Mark Hoffmann se redressa pour contempler le navire pirate bardé de rouge et de noire.

Le chasseur était moins gros que le vaisseau d’exploration scientifique. Entre les deux navires s’étendaient de longs câbles, dont la course s’achevait sans nulle doute au sein de la coque du D01. Immobile, le Cutlass menaça Mark par sa simple présence.

Il avait été positionné suffisamment en retrait pour ne pas être vu depuis le cockpit du vaisseau scientifique. Inversement, le poste de pilotage du navire pirate n’offrait pas de vue dégagée sur le pont du Constellation, et par conséquent sur l’échappée spectaculaire d’Hoffmann. Ce dernier remarqua également l’inclinaison légère du vaisseau, offrant à la tourelle manuelle un angle de tir sur l’ensemble du vaisseau abordé. Mais celle-ci était étrangement vide.

En se penchant lentement au-dessus du flanc droit de son vaisseau, il vit un seul pirate, encore affairé à ouvrir la porte de la soute. Peut-être ne sont-ils pas si nombreux ? L’objectif apparut évident à Mark : avec ses moyens limités et son manque d’expérience le plus total dans l’art du combat, il lui fallait aborder seul le chasseur pirate avec toute la résistance qu’il pourrait y rencontrer.

Il se rendit  près des moteurs, non sans difficulté du fait de l’utilisation des bottes adhérentes dans le vide. Son coeur s’accéléra. Il sentait ses mains devenir moites sous l’épaisse combinaison spatiale dont il était affublée.

C’était maintenant ou jamais. Il se plaça sur le flanc du D01, désactiva l’adhésion de ses bottes et se poussa à l’aide de ses jambes en direction du chasseur pirate. Il se sentit léger, presque vidé de toute énergie. L’adrénaline et la peur offrirent un cocktail des plus déstabilisants, alimentés par l’absence de propulseurs sur la tenue spatiale du chercheur.

Lentement, il se rapprocha du vaisseau pirate. Mark ne prit pas le temps de vérifier si des complices se tenaient bel et bien en-dessous du D01, ou du moins il se refusa à constater leur éventuelle existence. En outre, le reflet de l’étoile du système dans la visière de son casque pourrait alerter ses attaquants.

Juste avant l’impact, il parvint à se rattraper à l’un des énormes câbles qui partaient du chasseur. Le bruit de son arrivée avait été évité de justesse. Il se glissa derrière le câble, à l’ombre, pour observer l’abordage du vaisseau scientifique.

Les étincelles disparurent, au loin, autour de la porte de la soute. Le pirate allait pénétrer le vaisseau scientifique d’une seconde à l’autre et réaliser que Mark s’était enfui par le cockpit. Il lui fallait passer à l’action. Il lui fallait aborder et neutraliser un chasseur pirate.

À suivre…

Auteur : Hotaru / Relecteur : DCVolo / D’après une idée de : Duboismarneus & Hotaru

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