La prime Fantôme : partie 3

PRIME FANTÔME : partiE 3

Par : Autumn Kalquist

Note de l’auteur : Prime Fantôme fut précédemment publié dans le Jump Point 3.2. Vous pouvez retrouver la première partie ici et la deuxième partie ici.

Mila et Rhys avaient traqué le Fantôme pendant des mois, dépensé presque tous leurs crédits, et placé tous leurs espoirs pour la trouver et récupérer la prime.

Le Fantôme se trouvait enfin face à eux, menotté dans sa capsule de détention. Mila aurait dû être pleine de joie, mais tout ce qu’elle ressentait était de la stupéfaction.

Evony Salinas. Mila avait cessé de se faire appeler Evony depuis une dizaine d’années, et pourtant le Fantôme connaissait son vrai nom. Et son visage ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui de son ancienne meilleure amie – Casey Phan – une fille retrouvée assassinée dix ans plus tôt.

Ça ne pouvait pas être possible. Et pourtant ça l’était. La terroriste qui avait attaqué tous ces laboratoires Phan Pharmaceutical était la fille de leur fondateur. Et elle n’était pas morte. Elle est en vie.

Alors que Mila gardait un œil sur le Fantôme, ses jambes chancelèrent. Rhys s’approcha et attrapa son bras pour la stabiliser.

« Tu devrais être morte », murmura Mila.

Casey ravala sa salive et détourna les yeux, regardant le mur derrière eux. « Et tu devrais être sur Terra.

— Tu… tu m’as presque tuée. »

Des émotions auxquelles Mila ne s’attendait pas défilèrent sur le visage de Casey. De l’anxiété. Du regret.« Je te jure que je ne savais pas que c’était toi. Tu n’aurais pas dû me suivre. »

Rhys se plaça devant Mila pour l’empêcher de voir Casey, et s’apprêta à fermer la capsule.

« Arrête. », ordonna Mila.

Rhys répondit sèchement : « C’est une terroriste, Mila.

— J’ai besoin de lui parler. »

Rhys marqua une pause et recula d’un pas, les dents serrées. « On peut pas rester ici. On est des cibles faciles. » Il regarda le Fantôme. « Tu as contacté quelqu’un pour te rencontrer ? »

Casey se pinça les lèvres et ne répondit pas.

Les poings de Mila se serrèrent. « Tout le monde te croit morte. Comment as-tu pu… Et maintenant, tu attaques les laboratoires de ton père, tu tues des gens ?»

Les narines de Casey se dilatèrent. « Ce n’est pas ça. Je vais te raconter. Mais pas avec lui dans les parages. » Elle désigna Rhys. « Je ne le connais pas. »

Rhys se mit subitement à rire. « Tu as essayé de nous tuer trois fois. Ça devrait être mentionné. Et maintenant, tu veux raconter une histoire triste à Mila dans l’espoir qu’elle te laisse partir ? Ouais, ça n’arrivera pas. »

Casey se figea tandis qu’il se mit à chercher tout ce qu’elle pouvait cacher dans sa combinaison spatiale.

Des émotions conflictuelles tourbillonnaient dans la tête de Mila, sa colère entrait en conflit avec son soulagement. Comment diable Casey pouvait-elle être en vie ? Elle avait vu les rapports de son meurtre, elle avait assisté à ses funérailles. C’était une cérémonie d’état, avec la participation de nombreux hauts fonctionnaires Terrans.

Mila portait une solide robe noire qui descendait jusqu’aux pieds et un chapeau Terran à larges rebords. Elle cachait son visage, pleurant tout le long de l’éloge funèbre prononcé par le père de Casey. Après ça, sa mère était restée à ses côtés tous les jours, pour l’aider à surmonter son chagrin. Sa mère l’avait toujours soutenue jusqu’au jour où elle avait tourné le dos à sa famille pour devenir chasseuse de prime.

Et tout ça avait commencé avec la mort de Casey.

Casey Phan était censée être morte.

Mila croisa son regard. Cette… cette personne qui lui faisait face ne pouvait pas être son amie. Était-ce un genre de blague ?

Rhys finit de fouiller Casey, ne trouva rien, et écrasa son poing contre le bouton de la cellule. La porte se ferma sans difficulté, enfermant à nouveau Casey.

Quand la porte bipa pour indiquer qu’elle était sécurisée, Rhys se tourna vers Mila. Il passa sa main dans ses cheveux bruns, cherchant visiblement à comprendre la situation. Il secoua la tête. « Écoute. On doit partir d’ici et retourner sur Tevistal pour la confier à l’Advocacy. Pour le moment, on est trop exposés si elle a appelé du renfort. »

Mila hocha la tête. Elle jeta un œil à la cellule derrière elle et aperçut le haut de la tête de Casey au travers de la vitre. Sa tête était baissée et l’expression de son visage n’était pas visible. Comment tout cela avait pu arriver ?

L’estomac de Mila se tordit tandis qu’elle suivait Rhys vers le cockpit. « S’il te plaît. Tu pilotes. Je suis pas en état pour le moment. »

Rhys s’assit dans le siège de pilotage et fit démarrer les moteurs. Il les éloigna du cargo, dépassa le Cutlass abandonné de Casey, et traversa les détritus flottants de la décharge.

Mila activa le scanner à la recherche de signes de vaisseaux en mouvement, mais n’en trouva aucun. Soit les scans étaient bloqués par les débris, soit ils étaient seuls.

Rhys et elle s’assirent dans un silence tendu jusqu’à ce qu’ils atteignent la limite du dépotoir. Quelques vaisseaux apparurent sur l’appareil, mais tous étaient sur les quais de la plateforme la plus proche, Septa. Aucun ne se dirigeait vers eux.

« L’Advocacy va vouloir revenir et chercher son vaisseau.

— J’ai enregistré les coordonnées. » dit Mila.

Ils arrivèrent en espace ouvert, et les révélations des dernières minutes se mirent à peser dans l’air qui les séparait.

Mila prit une grande inspiration.

« Quand on était sur Tevistal, tu m’avais demandé… tu m’avais demandé pourquoi je ne pouvais pas laisser cette prime passer ? »

Rhys acquiesça, mais ne dit rien.

Mila soupira et revint sur son siège, en essayant de ne pas trop penser à Casey enfermée dans une cellule derrière eux. « Casey et moi étions vraiment proches. On a grandi ensemble. Mon père détenait une usine de fabrication de composants, et son père était le propriétaire d’une firme de biotechnologie, et ils travaillaient ensemble. Nos familles passaient beaucoup de temps ensemble. Je croyais la connaître. » La voix de Mila se brisa, mais elle s’obligea à poursuivre. « Quand j’avais seize ans, Casey a été portée disparue. Son corps a finalement été retrouvé sur une autre planète, elle avait été assassinée. Son père a mis tout ce qu’il avait à sa disposition pour la retrouver, puis pour essayer de retrouver son assassin, mais personne n’y est jamais parvenu. Je pensais qu’elle avait été kidnappée ou attirée hors de la planète. Je ne pouvais pas croire qu’elle ait pris un transport pour une autre planète sans même me dire où elle allait.

— Alors tout le monde a cru qu’elle était morte.

— Ouais, ils l’ont cru. Et moi aussi. » Mila se tourna vers Rhys et s’agrippa fermement à l’accoudoir. « La mort de Casey il y a dix ans était la raison pour laquelle je me suis lancée dans la chasse à la prime. Je ne pouvais pas obtenir de justice pour Casey, mais je le pouvais pour d’autres. Ma famille m’a carrément reniée quand je suis partie. Et quand un terroriste a commencé à attaquer Phan Pharmaceutical il y a quelques mois… ça a fait ressortir tous ces vieux souvenirs. » Les yeux de Mila brûlaient et elle essaya de contenir ses larmes, sans succès. « Le meurtrier de Casey s’était échappé, mais quelqu’un faisait à nouveau du mal à la famille Phan, et je pouvais faire quelque chose, cette fois. »

Rhys arrêta le vaisseau et le laissa dériver. Il retira son harnais et s’allongea près d’elle pour essuyer les larmes sur ses joues.

« Merci de me l’avoir dit. »

Mila défit son harnais et se leva. Rhys se tint à ses côtés et l’enlaça, ce qui ne fit que la faire pleurer davantage. Elle se laissa aller, le laissant la serrer dans ses bras, puis se rasséréna et essuya ses yeux.

Elle s’éloigna de lui et respira un bon coup. « Je dois lui parler. Je ne peux pas la livrer sans connaître la vérité. J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé. »

Rhys plissa les yeux. « Je ne lui fais pas confiance. Elle est dangereuse. Il faut que tu te rappelles qu’elle n’est plus l’amie avec laquelle tu as grandi. Elle pourrait dire n’importe quoi pour avoir ta sympathie.

— Je sais. Je sais. C’est juste que je…

— Je vais rester là… Je peux écouter si tu veux que je le fasse.

— Non. Elle a dit qu’elle ne voulait parler qu’à moi seule. Est-ce que tu me fais confiance ? »

Rhys toucha son visage, effaçant ses dernières larmes. « Tu sais que oui. »

Mila lui sourit doucement et alla se nettoyer à l’évier pour s’assurer qu’elle n’ait pas une trop mauvaise tête. Elle ne pouvait pas laisser Casey voir quel effet elle avait eu sur elle. Rhys avait raison. Casey était une terroriste maintenant. Elle avait feint d’être morte. C’étaient les actions d’une sociopathe, au minimum. Mais elle avait quand même besoin d’entendre ce que Casey avait à dire.
Mila tapa le code de la cellule et recula d’un pas alors que la porte coulissante s’ouvrait. Casey cligna des yeux pour mieux la voir et ses épaules se tendirent.

« Je veux parler. », dit Mila.

Les yeux de Casey se rétrécirent. « Où est l’autre gars ? Je veux une preuve qu’il ne nous écoute pas.

— Il ne le fait pas. Il va falloir me croire sur parole, ou je referme cette cellule. Tu n’auras pas d’autre chance de parler. »

La tension dans l’air était palpable, et un filet de sueur perla le long du dos de Mila.

Casey céda finalement et approuva d’un hochement de tête sec.

Mila laissa échapper un soupir. « Pourquoi as-tu simulé ton propre meurtre ? »

Le regard de Casey s’adoucit alors qu’elle regardait le visage de Mila, ce qui la déstabilisa. Est-ce qu’une sociopathe pouvait exprimer de l’empathie ? Ou faisait-elle semblant pour ça aussi ?

« C’est pas ce qui s’est passé, dit Casey. Fais-moi confiance… ça m’a rongé que des personnes que j’aimais me croient morte. Mais c’était mieux comme ça. Plus sûr pour les personnes concernées.

— Explique.

— Tu me conduis à l’Advocacy maintenant ? Est-ce qu’on est loin ? »

Mila fit un pas en avant et pointa son doigt dans la poitrine de Casey. Casey tressaillit et recula. « Non. Je pose les questions. Et tu y réponds. Qu’est-ce qui t’es arrivée ? »

Casey humecta ses lèvres. « Juste avant que je… que je disparaisse… j’avais découvert des choses. À propos de ce que faisait la compagnie de mon père. Des bioessais illégaux sur des sujets humains. Plus je creusais, plus ça empirait. Il faisait des armes biologiques, Evony.

— Mila. Mon nom est Mila maintenant. Et tu mens. Si ton père faisait ce genre de chose, l’UEE aurait fermé ses affaires depuis longtemps. »

Casey se mit à rire bruyamment « Il y a tellement de choses qui grouillent sous la surface. Des gens sont achetés en chemin pour garder ces choses cachées. L’histoire des citoyens “respectueux de la loi” est tout aussi sale que les gens que tu traques. Mais j’imagine que tu ne verrais pas les choses de cette façon. Je veux dire, tu es chasseuse de prime. Comment c’est arrivé ? »

La rage envahit Mila. Je l’ai fait pour toi. Tout à coup, elle ne supportait plus de voir Casey. Elle leva la main pour refermer la cellule.

« Attends ! dit Casey. Ok. Tu n’as pas besoin de me croire, mais je vais tout te raconter. »

Mila éloigna sa main du bouton. « Très bien. Parle.

— J’avais entendu mon père sur une communication privée… Il parlait d’expérimentations, de se débarrasser des preuves. Ça m’avait effrayé. Alors j’ai fouiné sur son mobi, et j’ai trouvé ce que j’espérais ne pas trouver – des rapports froids, terribles. J’avais des preuves. Mais je ne savais pas vers qui aller.

— On était proches. » Les mots de Mila sonnèrent comme une accusation. « Pourquoi tu ne l’as pas dit à moi ?

— J’étais terrifiée à l’idée que tu ailles voir tes parents. Tu sais combien d’actions ils ont chez Phan Pharmaceutical ? Ils auraient voulu couvrir l’affaire tout comme mon père le faisait. Quand il m’a surprise à fouiller, il s’est tellement mis en colère que j’ai su qu’il était coupable. Il fallait que je trouve un moyen de l’arrêter… Mais comment pouvais-je dénoncer mon père à l’UEE ?

— Apparemment, ça te dérange moins de faire sauter ses bâtiments et ses employés.

— Je n’ai pas… » Casey secoua la tête, l’air frustrée. « Écoute seulement. Je suis allée à quelques-unes de ces réunions anti-pharm. J’ai rencontré un type qui se faisait appeler Desh. Il a dit que lui et d’autres travaillaient secrètement pour arrêter les corporations pharmaceutiques qui se lançaient dans de sales affaires. J’ai avoué détenir des infos sur une compagnie – et il a promis que si je lui présentais les preuves, lui et ses amis l’arrêteraient. Ils avaient dit que personne ne serait blessé.

— Sérieusement ? Tu penses que je vais gober ça ? Tu étais vraiment aussi stupide ? »

Casey afficha une mine dépitée par le regret. « J’avais seize ans.

— Et qu’est-ce qui s’est passé à ces réunions ? Qu’est-ce qui s’est passé avec Desh ?

— Il m’a demandé d’amener les preuves avec lui pour rencontrer les autres membres. On a tous les deux pris des transports différents pour se retrouver dans l’espace. Mais tout a dérapé à partir de là. Il m’a conduit à un vaisseau à la périphérie du système, et c’est là que j’ai vu qu’il faisait partie de PF.

— People First. Ouais, je les connais. Une bande de tarés adepte de théories du complot. Ils n’étaient mentionnés nulle part sur ta prime. Tu travailles seule. Ils n’avaient que peu d’importance. Ils n’ont pas été actifs depuis des années.

— Tu as tort. Ils ont juste reçu de meilleures subventions. Et se sont améliorés pour dissimuler leurs traces.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé alors ? Tu as juste… simulé ta mort et rejoint le PF ? »

Casey secoua la tête tristement. « Pas exactement. Deux agents de l’Advocacy nous avaient infiltrés. Desh s’est débarrassé des deux, mais ils avaient eu le temps de transmettre des images de nous sur Terra. On s’est échappé, mais je ne pouvais pas retourner sur Terra. »

Ça devait être un mensonge élaboré, mais comment expliquer autrement que son amie morte ait disparu de Terra quand elle était adolescente et soit devenue une terroriste dix ans plus tard ?

« Les membres de PF m’ont pris avec eux, continua Casey. Ils m’ont aidé à disparaître. Ils avaient encore des gens sur Terra qui m’ont raconté que mon père avait tout couvert… Fait comme si je n’étais qu’une simple spectatrice morte durant la fusillade. Il s’est assuré que mon nom ne soit pas connecté au PF. Il a tout dissimulé avec l’aide de ta mère, Ev. »

Le pouls de Mila s’accéléra, et elle secoua la tête. « Non. Non, ma mère n’aurait pas fait ça.

— Elle l’a fait. » La voix de Casey se fit amère. « Souviens-toi, mon père avait participé aux élections pour le Sénat Terran cette année-là. Il n’aurait pas pu le faire si j’avais été vue avec des terroristes. »

Mila serra ses lèvres et posa une main sur le mur pour tenir debout. Sa mère. Une couverture. Elle sentit soudainement un vertige. Sa mère avait des connexions haut-placées en tant que présidente du Comité du Budget du Conseil des Gouverneurs. Si elle faisait partie de la couverture…

« PF m’a protégée. », dit Casey à nouveau, interrompant les pensées de Mila. « Ils m’ont donné une nouvelle identité. J’ai très rapidement appris qu’ils détruisaient des bâtiments où avaient lieu des expérimentations illégales. Ils libéraient les sujets de test qui pouvaient l’être. On a des bienfaiteurs dans et hors de l’espace de l’UEE qui nous aident à financer nos missions. PF semblait faire ce qui était juste.

— Tu as l’air fière de toi. » La voix de Mila s’éleva. « Fière d’être une terroriste. Combien de personnes as-tu tuées ?

— Aucune. » Casey tira sur ses menottes comme si elle voulait bouger les mains, tout en suppliant Mila de la croire. Un regard chargé de désespoir apparu sur son visage. « Peu importe ce qu’ils disent sur moi, ce n’est pas vrai. Je rentre, je prends ce qui peut l’être, je détruis les labos, et je sors. Je ne suis pas une meurtrière.

— Tu nous as presque tués. Tu avais mis une bombe dans un hôtel. »

Un sourire triste traversa le désespoir de Casey. « Mais il était vide quand vous êtes arrivés ? »

Mila plissa les yeux et ne répondit pas.

Casey hocha la tête. « Il aurait dû être vide. J’ai payé quelqu’un pour prévenir tout le monde. Ce n’est pas ma faute s’ils sont restés.

— C’est comme ça que tu arrives à dormir la nuit. Tu ne fais que te mentir. Avoue toutes les mauvaises choses que tu as faites. »

Casey se tut et évita son regard. « Non. Je fais ce que je dois faire. Comme tout le monde, non ?

— Pourquoi est-ce que tu me racontes tout ça ?

— Tu voulais savoir.

— Si tu penses que ça va me pousser à te libérer… Tu te trompes. L’Advocacy va te juger pour tes crimes. Tu vas devoir payer pour tes choix. »

Les yeux de Casey s’agrandirent. « Écoute, les choses que j’ai faites ont probablement sauvé des millions, voire même des milliards de vies. Tu sais ce qu’il y avait dans le dernier laboratoire que j’ai attaqué ? Ils travaillaient sur une arme biologique qui pouvait détruire des mondes entiers. Des mondes entiers, Ev. Mon père a joué avec le feu pendant des années, et nous avions enfin les fonds et les informations nécessaires pour attaquer ses labos. Si je ne faisais pas ces boulots, un autre agent PF l’aurait fait. Et il aurait laissé moins de survivants. C’est mon père. Ses crimes étaient ma responsabilité. Mais… ce boulot était le dernier que j’allais faire pour eux. Tu dois me croire.

— Je ne te crois pas. Bien évidemment, tu prétends que ça allait être ton dernier boulot.

— J’allais tout abandonner. PF ne laisse pas des gens simplement quitter l’organisation… Une fois dedans, on y reste pour la vie. J’allais rencontrer quelqu’un qui allait me faire passer illégalement en territoire Xi’an. Si tu me laisses partir maintenant, tu n’entendras plus jamais parler de moi. Mais je dois aller quelque part où ils ne pourront pas me trouver non plus. »

Mila resta silencieuse pendant un long, très long moment, et ses yeux rencontrèrent ceux de Casey. « Tu étais ma meilleure amie. J’aurais tout fait pour t’aider.

— Tu peux m’aider maintenant.

— Non. Tu es le problème de l’Advocacy désormais. »

Une peur réelle apparue sur le visage de Casey. « L’Advocacy ne peut pas me protéger. Dès la seconde où je me ferai incarcérer, je deviendrai un fardeau pour PF, un problème dont il faudra s’occuper. Il y a une raison pour laquelle personne ne sait pas grand-chose à leur sujet. Et s’ils ne m’attrapent pas, mon père le fera. »

La poitrine de Mila se serra, et elle se mit à répéter les mots que Rhys lui avait dit sur Tevistal. « On a toujours le choix. Toujours. Tu n’as pas fait le bon. Je m’assurerai que tu sois transférée dans une installation sécurisée.

— Je dois te prévenir. Si je survis jusqu’au procès… je ferais tout ce qu’il faudra pour que mon père soit démasqué. Ta mère a caché ma mort, donc je ne peux pas te promettre qu’elle sera épargnée. Après ça… Si mon père ne me tue pas, PF le fera. Si tu me confies à eux… Tu seras responsable de tout ça. »

La rage de Mila s’intensifia. « C’est une menace ? Non. Tu es responsable de tout ça. » Mila frappa du poing l’interrupteur de la cellule, et la porte se ferma sur Casey, bipant en se verrouillant. Mila retourna dans le cockpit en respirant difficilement.

Rhys haussa un sourcil, attendant qu’elle parle.

« Tu avais raison. C’est une menteuse. Chacun de ses mots était un mensonge, elle voulait juste que je la libère. »

Rhys plissa les yeux et scruta le visage de Mila, visiblement inquiet pour elle. Il fit glisser sa main le long de son bras. « Ça va ?

— Je vais bien. » dit Mila qui essayait de parler malgré une grosse boule dans la gorge.

« Tu dois juste te souvenir… Ce n’est pas ton amie, là-dedans. C’est quelqu’un d’autre.

— Je sais. Ramenons-la juste sur Tevistal. »
Mila et Rhys se rattachèrent, et elle garda le radar actif tandis qu’ils relançaient l’itinéraire en direction de la planète qu’ils venaient tout juste de quitter

« J’suis crevée. » Mila s’allongea sur son siège. Ils n’avaient pas dormi depuis près d’une vingtaine d’heures.

« Dès qu’on l’aura livrée, on se pose. »

Mila murmura une réponse évasive.

« Tu veux dormir pendant que je pilote ? Tu as l’air d’avoir besoin de repos.

— Oh, merci. Non. Je ne pense pas que je pourrais, même si je le voulais.

— Tu es sûre que ça va ? »

Mila détacha ses longs cheveux bruns et fit glisser ses doigts au travers « Honnêtement ? Non.

— Je suis prêt à entendre ce qu’elle a dit, quand tu voudras m’en parler.

— Elle n’a fait que dire ce ce à quoi tu t’attendais. Clamer qu’elle n’était pas une mauvaise terroriste, quoi que ça veuille dire. Elle dit que son père est dans… des tests illégaux. Elle dit travailler avec PF – ces dingues de People First. » Mila serra les lèvres. Elle ne pouvait pas se résoudre à raconter des choses qui impliqueraient sa propre mère.

Rhys serra la mâchoire. « Donc, Casey n’est que la façade de quelque chose de plus gros, et son père est aussi mauvais qu’elle, mais personne dans tout l’UEE n’en a jamais rien su depuis plus d’une décennie. » Il secoua la tête. « Bon, l’Advocacy saura quoi faire avec elle. Ce n’est pas notre boulot.

— Ouais, je sais. »

Mila repensa à la jeune fille avec qui elle avait été amie. Mince et menue, avec de longs cheveux cachant toujours des yeux intelligents. « Je comprends pas.

— Les gens changent.

— Pourtant, depuis qu’on est jeunes… Quand on avait douze ans, il y avait cette fille à l’école, Lia. Très riche, à toujours organiser des fêtes ridicules dans son manoir. Elle apportait des jeux, des prix coûteux, le genre de manèges qu’on ne trouverait que dans des foires. C’était fou. On était tous ses amis… jusqu’à ce que je l’insulte accidentellement un jour à l’Académie. Du coup, j’étais la seule à ne pas être invitée à cette fête. Casey a annoncé qu’elle en avait fini avec Lia devant tout le monde, et elle est restée chez elle le soir de la fête, à regarder des vieilles vidéos avec moi dans notre chambre. Elle faisait toujours ce genre de chose pour les gens auxquels elle tenait. Toujours aussi… loyale. Ça ne tient pas debout.

— Il n’y a pas de bonne raison pour ce qu’elle a fait. »

Un long silence s’installa entre eux, et l’esprit de Mila luttait pour associer la Casey qu’elle avait connue et celle menottée dans la capsule de Devana.

L’histoire que Casey avait racontée… Cette histoire de trouver des recherches illégales, de décider de réparer ça par elle-même… Ça collait avec l’ancienne Casey. Ça faisait douter Mila… de tout. Et le fait qu’elle doute l’effrayait. Il n’y avait pas de place pour le doute dans ce boulot.

« Et si Casey disait la vérité ? » lâcha-t-elle.

Rhys se tendit sur son siège. « Alors on laisse l’Advocacy déterminer ça, » dit-il avec précaution. Il la regarda, détaillant son visage. « On s’en tient à la mission. La bonne chose à faire, c’est de la livrer. S’ils déterminent qu’elle dit la vérité, les autorités compétentes peuvent s’en charger. Toi et moi, on s’éloignera de tout ça… On prendra un peu de repos. C’était le plan, pas vrai ?

— C’est vrai. » répondit rapidement Mila.

Après quelques minutes gênantes, Rhys s’éclaircit la gorge. « Tu sais, c’est la première fois que tu me parles autant de ton passé.

— Tu es un chasseur de prime. » dit Mila, heureuse qu’il ait laissé l’histoire de Casey de côté. « Tu n’avais pas fait des recherches sur moi avant qu’on fasse affaire ensemble ? »

Rhys sourit, mais sans joie derrière. « Ouais, et tu avais bien réussi à te rayer de la carte. Evony, hein ? »

Mila grimaça. « Ouais. Ma famille m’a reniée quand j’ai rejoint la guilde. Ce n’était pas la vie qu’ils avaient prévu pour leur fille unique. J’avais décidé de recommencer à zéro, et j’ai pris mon deuxième prénom.

— On a tous nos histoires… Et on est nombreux à choisir la chasse à la prime pour les laisser derrière nous. J’ai suivi mon instinct pour toi. » Le regard de Rhys croisa le sien, et elle sentit la confiance ouverte dont il faisait preuve. « Et je sais que j’ai pris la bonne décision. »

Mila sourit, et ils s’enfermèrent dans le silence pour le reste du trajet jusqu’à Tevistal.

Rhys lui faisait confiance.

Mais pouvait-elle avoir confiance en elle-même ?
Les maux de ventre de Mila empirèrent alors que Rhys atterrissait à nouveau dans les quais de Tevistal. Il communiqua avec la maintenance et utilisa leurs derniers crédits pour réparer l’écran à l’avant et faire remplacer le propulseur de manoeuvre.

« J’ai juste assez pour engager un glisseur. » dit-il à Mila tout en affichant l’adresse du bureau de l’Advocacy et une liste des agents qui y travaillaient. « On ne peut pas prendre le risque de diffuser des infos au sujet du Fantôme. Je connais cet agent de l’Advocacy, » dit-il en indiquant un nom. « J’ai travaillé avec lui avant et je lui fais confiance. Je vais le contacter personnellement pour qu’on lui transmette Casey. Ensuite on est payés, et on part d’ici. »

Mila hocha la tête, et Rhys retourna dans leurs quartiers pour remettre des vêtements adaptés à l’environnement planétaire et récupérer ses affaires. Mila enfonça ses mains entre ses genoux et regarda les ouvriers qui commençaient à réparer le cockpit de l’extérieur.

Je peux le faire. Je peux livrer Casey.

Mila se leva alors que Rhys revenait vers elle.

Elle abaissa la rampe avant pour lui et leva les yeux vers lui, vers l’inquiétude sur son visage, en se demandant à quoi ressemblait alors son propre visage. Les coins des yeux de Rhys se plissèrent et il se pencha pour presser ses lèvres contre celles de Mila. Elle l’embrassa en retour, savourant sa chaleur, souhaitant que Rhys, sa loyauté et sa confiance, puissent effacer ses doutes au sujet de Casey.

Il l’enlaça. Elle écouta les battements de son cœur sous sa veste, et un nouveau sentiment d’effroi naquit en elle.

Elle ne voulait pas le laisser partir, mais il recula finalement. « Je devrais être de retour bientôt avec des agents. Ne laisse personne entrer dans ce vaisseau.

— Compris.

— Tout ira bien. » Rhys l’embrassa doucement une nouvelle fois, et elle regarda son dos alors qu’il descendait la rampe vers les quais.

Mila rétracta la rampe et retourna sur le siège de copilote, sans s’autoriser à jeter le moindre coup d’œil à la capsule contenant Casey.

Elle n’avait jamais eu autant de mal à livrer un criminel auparavant. Mais encore une fois, elle n’avait jamais connu un criminel personnellement comme ça. C’était une bonne chose que Rhys s’en charge. Elle ne pouvait pas.

Il avait confiance en elle, et ça représentait beaucoup pour elle. C’était sa vie maintenant. Et elle devait faire son travail.

Mais…

Mila activa son mobiGlas et accéda au réseau local. Elle remonta une décennie plus tôt, à la recherche de vieux sujets sur Owen Phan et la mort de Casey Phan.

La première image qu’elle trouva fut celle d’Owen Phan, durant ses élections sénatoriales ratées. Owen et Lynn, la mère de Casey, se tenaient tous deux à un événement caritatif. Et à côté d’eux : les parents de Mila. Son cœur fit une embardée. Sa mère se tenait entre son père et Owen. Elle afficha encore un paquet d’images, et plus de la moitié montraient ses parents avec les Phan. Si Casey disait la vérité, son procès détruirait leurs deuxfamilles.

Et si c’était vrai, ça voulait dire que sa propre mère lui avait menti, la laissant faire son deuil alors que Casey n’était même pas morte. Mila prit une profonde inspiration et refoula la colère qui jaillit à cette pensée. Elle chercha des articles sur la mort de Casey.

Héritière de Phan Pharmaceutical assassinée dans l’espace.

Mila avait lu cette phrase des dizaines de fois. Casey avait fait un voyage de son propre chef. Quelqu’un l’avait tuée. Mauvais endroit, mauvais moment. Tueur jamais retrouvé. Famille dévastée. Pas de nouvelles pistes. Dossier clos.

Mila lança une nouvelle recherche.

Phan Pharmaceutical, armes biologiques illégales.

Plus d’un millier de résultats apparurent. Mila les lut en diagonale. La plupart étaient des articles de PF sur Phan Pharmaceutical eux-mêmes, promouvant tous les efforts qu’ils avaient faits pour mettre un terme à la création d’armes biologiques. Spectrum ne la menait nulle part. Elle avait besoin de chercher plus en profondeur. Elle changea son profil pour prendre celui qu’elle avait conçu pour ce genre d’occasions, et commença à sonder les liens.

En quelques secondes, des messages apparurent.

Sujets de test illégaux.

Preuve de développement d’arme biologique.

Installations suspectées.

Tandis que son cœur battait la chamade, Mila scanna les documents que quelqu’un nommé “DarkStar” avait publiés. La liste contenait toutes les installations que le Fantôme avait apparemment attaquées ces derniers mois. Pourquoi Mila n’avait pas pensé à cette recherche en premier ? Elle avait été tellement concentrée sur la poursuite du Fantôme, qu’elle avait ignoré toute possibilité que Phan Pharmaceutical ait pu faire quelque chose pour mériter ces attaques.

Mais il n’y avait jamais de bonne raison pour le terrorisme. Jamais.

Un autre utilisateur avait posté des documents en affirmant que l’installation de recherche de Phan sur Gen était à ses yeux dans les armes psychoactives. C’était la troisième installation que le Fantôme avait attaquée.

Mila remonta les documents. Des mémos internes avec le logo Phan Pharmaceutical en haut. Des communiqués confidentiels récupérés. Des références au projet ILIOS. Mila les parcourut, son coeur battant à toute vitesse.

Taux de mortalité 100%.

Se répand rapidement via contact physique.

Quarantaine.

Acheteurs venant de quatre mondes.

Ça ne prouvait rien. Peut-être travaillaient-ils sur un remède ou quelque chose comme ça, pas une maladie. Mais quelle maladie existant encore avait un taux de mortalité de 100%… Quelque chose pour lequel des gens voudraient acheter un remède ? Mila abandonna sa recherche et se leva. Ses mains tremblaient alors qu’elle revenait vers la capsule de Casey pour y taper le code. Il bipa et clignota en rouge.

Elle essaya à nouveau. L’accès lui fut refusé. À nouveau.

Rhys avait changé le code. Il ne lui avait pas fait confiance.

Cette découverte fut comme un coup dans le ventre. Elle avait supposé des choses… Cru à des choses. Elle pensait qu’il lui faisait confiance. Mais elle avait construit toute sa vie sur des mensonges. Et maintenant, tout ce qu’elle avait pris pour la vérité s’écroulait autour d’elle.

Mila avala sa salive et plaça son mobiGlas contre le panneau. Elle activa le programme de piratage qu’elle avait utilisé à l’hôtel, et la porte s’ouvrit.

Casey cligna des yeux. « L’Advocacy, ici ?

— Comment je peux savoir que tu me dis la vérité sur les armes biologiques ? Tu as des preuves ? »

Les yeux de Casey s’agrandirent. « Je détruis tout quand je rentre. C’est le but.

— Je ne peux pas …

— Evony. Je te connaissais. Tu me connaissais. Est-ce que je te mens ? » Ses yeux étaient écarquillés, suppliants. Mila secoua la tête. « Je ne sais pas… Je… »

Ses yeux rencontrèrent ceux de Casey et elle tenta de retrouver la fille qu’elle connaissait. Mila ne pouvait pas être responsable de la mort de son amie d’enfance. Pas après qu’elle l’ait pleurée une première fois. Et elle ne pouvait pas courir le risque que Casey fasse tomber toute la famille Salinas avec elle. Parce que quelque chose dans ses tripes lui disait que sa mère aurait bien fait tout ce qui était nécessaire pour aider la famille Phan à réussir. Sa mère était parfaitement capable de manipuler la réalité pour l’adapter à ses objectifs.

Mila grogna.« Si je te libère, tu partiras ? Tu partiras et ne reviendras plus jamais ? »

Un éclat brilla dans les yeux de Casey. « Si tu peux m’aider à arriver à la réunion avec ma mécène, elle m’amènera en territoire Xi’an. Tu ne me verras ni ne m’entendras plus jamais. Je le jure.

— Je ne veux pas que Rhys soit impliqué là-dedans… Je dirais… Je dirais que tu m’as neutralisée, que tu as volé le vaisseau. Ils pourront me retrouver plus tard.

— Oui, on le tiendra éloigné de ça. Je te le promets.

— Tu as intérêt à ne pas me faire regretter ça. » Mila utilisa son mobi pour détacher les menottes de la barre intérieure.

Mila serra la mâchoire en défaisant les menottes. Si elle avait tort, Casey pourrait essayer de la neutraliser immédiatement et de s’échapper. Mais les coups ne vinrent jamais.

À la place, Casey lança ses bras autour d’elle, et la surprit en l’enlaçant fermement. « Tu ne le regretteras pas. » Elle fit un pas en arrière et massa ses poignets rougis. « Maintenant, dis-moi ce que je dois faire.

— Je vais nous conduire hors d’ici, dit Mila. Tu nous guides vers ton point de rendez-vous. »

Elles se ruèrent vers le cockpit. Mila respirait difficilement, s’attendant toujours à une trahison, attendant de voir si elle avait fait une erreur. Mais Casey ne se retourna pas contre elle. Pas pour le moment, en tout cas.

Juste après qu’elles se soient attachées, la communication grésilla. « Mila, » la voix de Rhys lui parvint. « On arrive en glisseur dans dix minutes. »

Mila tapota son communicateur. « Reçu. Tout… va bien.

— Je te revois bientôt. » dit Rhys.

La peur menaçait d’envahir Mila, mais elle essaya d’ignorer la sensation en prenant les commandes. Dans le siège à côté d’ elle, Casey activa les communications et demanda une autorisation de décollage d’urgence.

Si elles arrivaient dans l’espace, Rhys ne lui pardonnerait jamais, définitivement. Mais c’était trop tard. Elle avait pris sa décision, et maintenant Casey Phan, le Fantôme, était assise à ses côtés, prête à quitter l’espace UEE une bonne fois pour toutes.

L’autorisation arriva, et Mila fit démarrer les moteurs.

« Merci, Ev. Je le pense vraiment. Je ne mérite pas ta confiance après… »

Mila secoua simplement la tête. « Non. Tu ne la mérites pas. »

« Mila. » La voix paniquée de Rhys lui parvint via les communications. « Mila, je t’ai en vue. Pourquoi les moteurs se lancent ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Mila activa les communications et grimaça en sentant un pic de douleur dans son épaule. L’agent anti douleur cessait de faire effet, la brûlure de sa blessure de pistolet revenait. Casey lui avait tiré dessus, et elle était en train de la libérer. Mila regarda les communications et tenta de réfléchir à ce qu’elle pourrait dire à Rhys. Mais il n’y avait rien à dire.

Elle aurait dû mentir si elle voulait s’en sortir en vie. Peu importait ce qu’ils avaient vécu tous les deux… C’était fini maintenant, réduit en cendres par sa décision. Et moins il en saurait, mieux il se porterait.

Je suis vraiment désolée, Rhys.

Elle retira son doigt du communicateur sans dire un mot et fit s’élever Devana dans les cieux.

À SUIVRE…

Source de cet article | Traduit par YldenSen, relu par Lubuwei, Hyuryu
©2019 www.starcitizen-traduction.fr — (CC BY-SA 3.0)

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